Étape 15 · Comprendre les enjeux de l'IA
Comment on fabrique une IA, et pourquoi elle ne « sait » pas
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/formation-ia:suivre m15-l011. À la fin de cette leçon, tu sauras
- Décrire les grandes étapes de fabrication d’un modèle d’IA générative.
- Expliquer ce que sont les données d’entraînement et pourquoi elles posent question.
- Comprendre pourquoi le modèle produit du plausible plutôt que du vérifié.
- Interroger un assistant sur son propre fonctionnement, avec recul.
2. Pourquoi ça t’intéresse
Bernard, retraité et bénévole dans une association d’histoire locale, demande à l’IA la date de fondation de l’église de son village. Réponse nette, avec un siècle et un nom d’architecte. Problème : les archives de l’association disent autre chose. Bernard est perplexe : « Elle a pourtant tout lu, non ? » Comprendre comment on fabrique une IA répond à sa question. Le modèle n’a pas « lu » au sens où Bernard l’entend, et il n’a pas consulté d’archives. Une fois qu’on sait cela, on sait aussi quand lui faire confiance.
3. Avant de commencer
| Il te faut | Un chatbot, ton carnet de bord, une question de culture générale dont tu connais très bien la réponse |
| Coût | 0 € |
| Durée | 30 à 40 min |
Au module 1, tu as vu qu’une IA prédit la suite d’un texte. Ici, on regarde comment elle a appris à le faire.
4. Comprendre en 3 minutes
Un modèle d’IA générative est fabriqué en trois grandes étapes : on rassemble des textes, on l’entraîne à prédire la suite, puis on l’ajuste pour en faire un assistant. À aucun moment on ne lui installe une base de faits vérifiés.
| Étape | Ce qui se passe | Ce que ça explique |
|---|---|---|
| 1. Les données | Les concepteurs rassemblent d’immenses quantités de textes : pages web publiques, livres, code, documents sous licence, selon les choix de chaque éditeur | Le modèle reflète ces textes, avec leurs qualités, leurs erreurs et leurs biais |
| 2. L’entraînement | Le modèle lit des morceaux de texte et tente de deviner la suite. À chaque erreur, ses réglages internes sont légèrement corrigés. Cela se répète un nombre gigantesque de fois, sur de nombreux ordinateurs | Il apprend les régularités de la langue et des idées, pas des fiches vérifiées |
| 3. L’ajustement | On lui montre des exemples de bonnes réponses, des personnes notent ses réponses, on lui donne des règles de conduite | Il devient poli, suit les consignes, refuse certaines demandes |
Image mentale : quelqu’un qui aurait écouté des milliers de conversations sans jamais prendre de notes. Il parle de tout avec aisance, il a une excellente intuition de « ce qui se dit ». Mais si tu lui demandes une date précise sur un sujet rare, il te donne celle qui « sonne juste ».
D’où trois conséquences :
- Rare = fragile. Un sujet abondamment écrit est mieux maîtrisé qu’un détail local.
- Figé dans le temps. Les connaissances s’arrêtent à la date de fin des données, sauf si l’outil ajoute une recherche web.
- Pas de trace de la source. Le modèle ne sait généralement pas d’où vient ce qu’il dit.
Les données d’entraînement soulèvent aussi des débats : consentement des auteurs, présence de données personnelles, représentativité des langues et des cultures. Tu les retrouveras dans les leçons suivantes.
5. Faire ensemble
Étape 1 · Demander à l’IA comment elle a été fabriquée
Explique-moi simplement, comme à quelqu'un qui n'y connaît rien, comment un modèle comme toi a été fabriqué : les données, l'entraînement, l'ajustement. Précise ce que tu ne sais pas sur ta propre fabrication.
Compare la réponse avec le tableau ci-dessus. Les éditeurs ne publient pas tous les détails : une réponse honnête doit le reconnaître.
Étape 2 · Tester un sujet abondant et un sujet rare
Pose deux questions dont tu connais la réponse : une très connue, une très locale ou très pointue (ton village, ton métier, ta famille de plantes préférée).
[ta question sur un sujet très connu]
[ta question sur un sujet rare que tu maîtrises]
Note la différence de fiabilité.
Étape 3 · Repérer la limite de date
Jusqu'à quelle période vont tes connaissances ? As-tu accès à une recherche sur Internet dans cette conversation ? Comment puis-je le savoir ?
Vérifie ensuite dans l’aide officielle de ton outil plutôt que de croire la réponse sur parole.
Piège fréquent : demander à l’IA « es-tu sûre ? » et prendre sa réponse comme une preuve. Le modèle n’a pas d’accès direct à ce qu’il « sait » ; son assurance est elle-même une production plausible.
6. Faire toi-même
Écris une explication de la fabrication d’une IA destinée à quelqu’un de ton entourage (un parent, un ado, un collègue).
- Rédige toi-même, sans IA, cinq phrases au maximum.
- Demande à l’IA de relever les inexactitudes, sans réécrire ton texte.
- Corrige ce qui doit l’être, en vérifiant les points discutés dans une source fiable (page d’un éditeur, cnil.fr).
- Lis ton texte à la personne et note les questions qu’elle te pose.
Résultat attendu : une explication de cinq phrases, juste et compréhensible, testée sur une vraie personne.
7. Vérifier
- Je peux nommer les trois étapes : données, entraînement, ajustement.
- Je peux expliquer pourquoi un modèle peut inventer un détail avec assurance.
- J’ai constaté une différence de fiabilité entre un sujet abondant et un sujet rare.
- Je sais vérifier dans l’aide officielle si mon outil a accès à une recherche web.
- Mon explication de cinq phrases a été lue à quelqu’un.
8. Ce que tu gardes
Dans ton carnet de bord, crée une rubrique « Enjeux » :
- Ton explication en cinq phrases.
- Les trois conséquences : rare = fragile, figé dans le temps, pas de trace de la source.
9. Pour aller plus loin
- La CNIL (cnil.fr) publie des ressources pédagogiques sur le fonctionnement des systèmes d’IA.
- Les éditeurs publient des documents sur leurs modèles sur leurs sites officiels : regarde ce qu’ils disent, et ce qu’ils ne disent pas.
Vérifie ta compréhension
3 questions, sans note. L'explication s'affiche après ta réponse.
Pour vérifier par toi-même : anthropic.com, cnil.fr